mercredi 19 juin 2013

Pierre François CAMUS facteur d'instruments de musique à vent vers 1800.

On ne connaît que peut de chose sur le facteur, luthier d'instruments de musique à vent établit vers 1799 au 27 quai Pelletier à Paris Pierre François CAMUS.
Dans l'ouvrage de LANGWILL, l'hypothèse d'un lien avec Paul Hippolyte CAMUS (1796-1869) célèbre flûtiste est avancé.

Marque d'une flûte à une clé. (Collection W. PETIT)
En fait Pierre François CAMUS exerçait largement avant 1793 à Paris car dans l'inventaire de Bruni :

"Il s’agit d’un inventaire relevé aux Archives Nationales, contenant la liste des instruments de musique saisis chez les Émigrés et Condamnés, et mis en réserve pour la Nation par la Commission temporaire des Arts, depuis son établissement par Bruni1. (BRUNI (Antonio-Bartolomeo), élève de Pugnani, violoniste à la Comédie italienne et au théâtre de Monsieur (1789))"

On trouve trois instruments de ce facteur " Une Flûte à bec et deux piccolo".

Très actif pendant la révolution français, il est «  retenu comme disciple de Gracchus Babeuf (Précurseur du communisme) et selon l’interrogatoire de Joigneaux en nivôse an IX (décembre 1800) il fréquentait avec d’autres disciples une tabagie rue de la Joaillerie ».



Flûte de Pierre François CAMUS. (Collection William Petit)

D’ailleurs un hautbois est signalé par Denis Watel portant la marque « (bonnet phrygien)/Camus/A Paris »
Hautbois de P.F. CAMUS. (Collection Met Museum de New York)

Adresses :
1799 à 1800 : Luthier au 27 quai Pelletier à Paris.
1808 à 1810 : Camus facteur d’instrument à vent, 6 rue du rempart.
1811 : Camus, luthier 9 rue Marceau.
1812 1817 : Camus, Luthier fabricant de clarinettes, flûtes, bassons, hautbois et autres instruments à vent  9 rue Marivaux.
1817 : Camus, luthier 9 rue Montmartre.
Tête de flûte à Bec du Musée de La Villette à Paris. 

J’ai trouvé le décès d’un Pierre François Camus dans le 3 ° arrondissement le 27 février 1826.

Quant au lien avec le flûtiste Paul Hippolyte CAMUS (1796-1869), il me semble bien peu probable.
D'ailleurs il existait un autre facteur (de harpes) qui avait pour nom Camus et qui habitait 240 rue du Faubourg Saint Antoine à Paris.

Harpe de Camus.
Musée de Paris.
"Paul Hippolyte CAMUS était première flûte du théâtre Italien de Paris, né dans cette ville le 6 pluviôse An IV de la république (26 janvier 1796), fut admis au conservatoire de musique, comme élève de Wunderlich au mois de juillet 1806 et se distingue dans ses études. Après les avoir terminées, il entre au théâtre de la porte Saint Martin en qualité de première flûte en 1819, puis il passa au gymnase Dramatique. En 1824 lorsque le théâtre de l'Odéon fut destiné à la représentation des opéras italiens et allemands, Mr. Camus a été appelé à faire partie de son orchestre que dirigeait Mr. Crémont enfin après avoir voyagé, il est entré à l'opéra Italien, où il est encore". (Biographie universelle des musiciens de la musique par F.J. Fétis.
Mais il est surtout connut pour avoir adopté la flûte système Boehm dés 1837 et également en ayant  écrit une méthode pour cette flûte. 
Clarinette en Ut de Pierre François CAMUS. (Collection W. Rousselet)

 


samedi 1 juin 2013

Psychologie des collectionneurs d’instruments de musique à vent

Cet article sera publié en plusieurs épisodes.

Première Partie.

Par José-Daniel Touroude, Docteur en sciences sociales
 
Ce document est la synthèse d’une enquête et se veut être une réflexion effectuée et vécue par des collectionneurs avec pour objectif de comprendre leur passion par des introspections honnêtes.
Nous avons structuré notre synthèse autour de 12 questions.
Les réponses ne sont que la transcription des introspections ressenties des collectionneurs interrogés et non une analyse qui se veut scientifique et exhaustive.



Question N°1 : Depuis longtemps, je suis en relation avec des collectionneurs et ce qui me surprend toujours c’est leur passion intacte pour leur collection.

Le collectionneur est avant tout un passionné actif, toujours en mouvement, et comme toute passion, elle n’est pas facile à vivre avec des sentiments divers qui se succèdent.
Mais ce n’est pas une personne qui est l’objet de la passion comme dans le sentiment amoureux, mais c’est une catégorie d’objets. Pourtant les sentiments sont proches : désir, coup de foudre, attachement, déception, lassitude… Bien que la collection le stimule vers de nouvelles activités car une collection bien menée ouvre énormément de portes très différentes et mobilise des formes d’intelligences variées, la collection constitue aussi pour beaucoup un havre de paix, une bulle, un refuge personnel. Rechercher avec avidité des objets anciens peut être une façon de se réfugier dans le passé pour s’isoler et oublier un peu le temps présent, ce qui procure un grand délassement.
Le collectionneur dans son refuge, a l’air comme toute personne passionnée et polarisée, de se désintéresser du monde. Mais en fait la quête lui permet de s’impliquer dans le monde des objets et dans un réseau de personnes initiées. Le collectionneur solitaire est un cliché véhiculé sur les collectionneurs.
Certains collectionneurs cherchent du réconfort dans les objets, dans l’art, notamment la musique, et moins dans les personnes qui sont trop stressantes car ils ont eu des relations avec le monde extérieur pas toujours positives.
Le collectionneur se crée un loisir intelligent car mis à part ceux qui en font leur profession (antiquaires, facteurs, commissaires-priseurs, experts...), le collectionneur est un amateur, dans le sens étymologique «qui aime», qui se crée un dérivatif soit pour se calmer d’une vie professionnelle trop stressante, soit pour s’occuper en situation d’inactivité professionnelle.
Parfois le collectionneur subit aussi l’influence extérieure et dépend de l’entourage dans lequel le collectionneur évolue, influencé par les modes ou l’opinion de leur environnement même de façon inconsciente. (Collections d’autres personnes admirées, collection familiale que l’on continue, mode des objets qu’on échange, pur hasard au gré des brocantes, beauté esthétiques de certains objets…).
Pour nous, notre champ est la collection d’instruments de musique à vent.
Mais le plus souvent le collectionneur choisit librement le champ où va s’exercer sa passion, la collection étant un choix intime et personnel ! Certains sont attirés parfois de façon irrépressible par leur inconscient, par la recherche et l’accumulation de certains objets bien précis parce que ce champ a un intérêt, un sens particulier et profond pour eux.
Le collectionneur se polarise alors sur la consommation d’une catégorie d’objets. Ce qui est visible et simple, c’est que le collectionneur est souvent très motivé par sa collection mais les raisons de sa passion sont par contre multiples et complexes, peu explicités car très personnels.
L’homme est un éternel insatisfait et c’est ce manque d’autre chose qu’il n’a pas, qui le pousse à désirer, à créer un besoin à satisfaire qui le pousse à agir. Le collectionneur s’inscrit dans cette démarche.
Collectionner, c'est réunir des objets sur un même thème. Souvent c’est le hasard qui intervient et c’est en chinant que l’opportunité, l’occasion d’une bonne affaire (dès fois il en est le seul convaincu !) active ce grand chasseur d’objet qu’est le collectionneur.
L’objet acquiert alors une valeur subjective qui dépasse de loin sa qualité ordinaire de simple objet.
Le collectionneur achète en recherchant certains types d’objets intéressants de manière subjective avec ses critères : objets rares, curieux, beaux, de telle origine, de telle époque… Le collectionneur recherche surtout l'accumulation d'une catégorie d'objets qu’il a choisie avec des critères précis et tous les collectionneurs n’ont pas les mêmes heureusement !
L’objet est alors sublimé car il n’est plus isolé mais se positionne dans un ensemble cohérent et homogène à savoir une collection qui possède un fil rouge rationnel et explicite.
Ces objets précieux et disparates voire hétéroclites n’ont du sens que pour le collectionneur (les anciens cabinets de curiosités) et possèdent un lien entre eux, pas toujours visible, qui relie des objets en une série, une collection organisée.
Le collectionneur a pour but de regrouper des objets qui étaient dispersés et pour cela effectue un ensemble d’actions qu’il fait avec passion (recherche, achat, accumulation, échange, classement, restauration, exposition, vente …). Il cherche à constituer une série complète, un ensemble homogène, remettre tous les objets en cohérence autour de lui.
La plupart des collectionneurs réfléchissent sur le lien entre les objets de leur trésor. La collection est circonscrite à un sujet et les objets sont classés en séries, en familles, en sous-ensembles. La collection lie une personne à des objets pour des raisons très variées. Les pièces de collection sont des témoignages car l’objet n’a d’intérêt que s’il s’intègre dans une vie, une histoire. Au collectionneur de faire l’enquête pour reconstituer l’histoire de l’instrument, notamment de son fabricant. Certains vont privilégier tel facteur, tel système, telle provenance, telle époque… et l’objet convoité n’est alors qu’un objet manquant pour compléter la série.
Certains objets collectionnés avaient une valeur utilitaire et souvent le visiteur demande si on les utilise encore. On joue rarement avec des pièces de collection mais par exemple la plupart des collectionneurs d’instruments de musique analysés aiment avoir des instruments jouables et même ponctuellement les faire sonner voire exceptionnellement les prêter pour un enregistrement ou un concert. Une collection est faite avant tout pour parler de la vie passée des objets présentés, pour être exposée dans le présent, mais rarement pour leur redonner une vie utilitaire dans le futur. La collection n’est pas faite pour être utile, même si elle est constituée d’objets fonctionnels. Le détournement de la valeur fonctionnelle de l'objet est banal dans les collections.
Le collectionneur est un chasseur ou un pécheur d’objets car il sait être patient et sait qu’il peut revenir bredouille mais s’il se trouve en présence d’un objet intéressant pour lui, alors il se laisse emporter. Souvent les chineurs parlent de chasse au trésor et retrouve le plaisir des rêves d’enfant.



Question N°2 Pour beaucoup de collectionneurs,  leurs collections n’arrivent pas à aboutir ? et pourtant ils se démènent…..
On n’arrête jamais de chercher tant que la collection n’est pas finie mais une collection en fait n‘est jamais finie. Souvent les collectionneurs prennent inconsciemment des champs spécialisés suffisamment larges où il est impossible de terminer une collection. La quête est alors infinie et si on arrête, on sait que d’autres collectionneurs ou musées reprendront le flambeau et continueront la collection… Le collectionneur devient alors un passeur de témoin à travers le temps, ce qui est important pour beaucoup d’entre eux.
Décréter sa collection terminée relève souvent plus de la lassitude que d'un but atteint (sauf si le sujet choisi est très étroit) car les musées et autres collectionneurs empêchent cette réalisation. S’ils ne peuvent plus acquérir les pièces manquantes (plus d’objets sur le marché, ou manque de moyens pour les acquérir), alors ils estiment que leur collection sera toujours inachevée, incomplète et que leur trésor si souvent contemplé ne leur donne plus de plaisir car il devient statique. Déçus, ils s’en débarrassent pour entamer souvent une nouvelle collection d’autres objets !
C’est toujours l’objet que l’on n’a pas qui est le plus désiré !  Ainsi, le collectionneur se situe toujours à la croisée entre ce qu’il a déjà acquis, ce qui le rend fier de ses trésors et ce qui lui reste à acquérir, ce qui constitue sa quête afin de compléter sa collection.
Apparemment pour les autres, la collection mise en valeur, rangée et contemplée parait le moteur de l'activité du collectionneur et le rend heureux, mais en fait il est toujours motivé et ce qui le pousse à agir c’est ce qu'il rêve de posséder, un objet bien précis qu’il n’a pas encore ! Apparemment pour les autres, le collectionneur paraît déraisonnable et pourtant il est souvent plus raisonnable que beaucoup d’acheteurs compulsifs et conditionnés qui suivent les injonctions publicitaires et les modes.
Alors que le consommateur de notre société moderne zappe d'un achat à l'autre, espérant sans trop y croire que ses acquisitions calmeront ses frustrations, le collectionneur lui sait ce qui lui manque ! Certains ont même des listes toujours renouvelées d'objets à rechercher, liste informelle qui est évidemment secrète ! Son désir est toujours ciblé contrairement à la frénésie d’achat du consommateur qui accumule sans réfléchir à ses besoins réels.
Ce désir permanent se renouvelle et maintient une tension constante. Une nouvelle acquisition va calmer la tension pendant un certain temps puis la recherche d'un nouvel objet relancera la dynamique. Tout collectionneur à en tête la pièce dont il rêve. 
Ce qui importe c’est la quête, la recherche d’un trésor spécifique tant que la collection n’est pas finie et si on arrive vers l’objectif, on étend alors le champ par des objets secondaires mais liés à la collection. Ainsi d’un instrument à vent précis d’une époque, d’une région ce qui est assez limitatif, la collection évolue alors vers d’autres instruments ou vers d’autres régions… et on étend son champ et ses possibilités de trouver des objets.




Question N°3 : le collectionneur accumule des objets mais a parfois une relation bizarre avec eux, non ? 
Le collectionneur accumule des objets qui ont du sens pour lui et ne choisit pas des objets par hasard.

Le collectionneur n'est pas fétichiste, il ne recherche pas l'objet comme une finalité car il ne vénère pas l'objet pour lui-même. L'objet est simplement un élément qui prend tout son sens seulement à côté des autres constituant une série, une pièce supplémentaire d’un ensemble homogène appelé collection.


Beaucoup de collectionneurs d’instruments de musique ne sont pas musiciens, des collectionneurs de pipes ne fument pas, des collectionneurs de montres n’utilisent jamais leurs montres de collection…   Les objets collectionnés sont plus que des objets !  L’objet collectionné est sublimé et en conséquence, il est admiré, aimé et renvoie sans altération à l’intérêt qu’on leur donne, une sorte de miroir positif. L’objet collectionné est toujours beaucoup plus que l’objet décrit et montré, il est chargé affectivement (une peluche déchirée est pour un enfant son doudou, un carré dentelé vieux et affreux est la merveille rare de la collection d’un philatéliste, une vieille clarinette 5 clés renvoie à Mozart, à l’histoire du facteur, à l’histoire de la clarinette mais aussi à l’histoire vécue de son acquisition par le collectionneur… l’objet devient un symbole.
«Objet inanimé avez-vous une âme ? » écrivait Lamartine, ils ont au moins une histoire avant vous puis avec vous et sans doute après vous. Il y a eu des films où la vie de certains objets est racontée passant de mains en mains, vivant des histoires différentes, dans des pays différents. Le collectionneur le pense aussi car l’objet collectionné est souvent chargé affectivement et devient alors plus qu’un objet banal. Le collectionneur vit en partie aussi à travers eux. Toutefois, certains se demandent si cette quête perpétuelle d’acquisition n’est pas une tentative de restaurer l’image de soi en la complétant sans cesse d’éléments nouveaux.    
Nous avons tous accumulé des objets (on le voit lors de déménagements) qui n'ont d'autres fonctions que d'être des supports de notre mémoire, de notre existence, sorte de prolongement de nous mêmes.
Ainsi qui ne garde pas un vieux livre qui rappelle un plaisir nostalgique, un coquillage donné par un être aimé, un objet relique porte-bonheur qui réactive la mémoire dans notre histoire personnelle et qui ne seront jamais jetés. Ces objets sont alors très personnels et chargés affectivement. 
L’objet possède la force que vous lui donnez : objet utilitaire, objet jetable, objet attaché à un sentiment amoureux, nostalgique, précieux, objet porte bonheur, médaille religieuse pour conjurer le mauvais sort et pour vous soutenir lors des stress. Combien d’artistes portent des objets contre le trac sur scène ? L’objet a toujours accompagné et soutenu l’homme et est souvent un prolongement de soi. En regardant sa beauté, en l’utilisant comme objet pratique ou en le contemplant comme miroir, le collectionneur puise une force nouvelle car ces objets admirés sont dotés d’un plus, et parfois même d’une «âme». L’attachement est alors fort et l’objet devient aimé et on cherche à le choyer, l’accumuler, le ranger, le cacher ou l’exposer selon sa personnalité.
L’objet sublimé, admiré déclenche des recherches, des histoires, des analyses et stimule le collectionneur à approfondir et chercher des informations. En cela la collection toujours en progression est vivante et rend le collectionneur plus dynamique, plus compétent, plus vivant, plus heureux. Quel que soit le type de collection, chaque objet a un sens particulier pour son possesseur.
C’est pourquoi la ferveur qu’il attache aux objets n’a pas forcément de rapport avec leur rareté ou leur valeur marchande. Le collectionneur à travers sa collection qu’il admire, s’admire aussi car il faut beaucoup de qualités pour réussir une belle collection !
La collection vous rend différent, atypique, original et extraordinaire au sens étymologique du mot, vous démarque des autres, peut être avec un certain élitisme.
Avec votre musée personnel, vous acquérez une connaissance pointue du sujet qui vous permet d’enrichir et d’impressionner le visiteur par votre savoir, parfois même faire avancer la connaissance sur vos objets par des articles spécialisés valorisants.
(cf. les différents blogs et articles des adhérents de l’ACIMV)
La collection grandit et s’améliore par un investissement personnel constant. Ce qui est sûr, c’est que le collectionneur investit et s’investit énormément dans les objets collectionnés (aussi bien en argent, affectivement ou par le temps consacré). Il recherche, achète, nettoie, range, classe, touche ses objets toujours avec intérêt. On se déplace, même en vacances, pour voir des collègues, des musées à la recherche d’informations, pour le plaisir des yeux et on passe du temps à écrire un catalogue - véritable livre de sa collection. Ainsi on approfondit sans cesse et on ouvre quantités de portes sur des sujets connexes passionnants.
Le collectionneur passionné, vit une alternance de sentiments mais qui est source de plaisir.
En fait, il faut comparer la passion du collectionneur avec d’autres passions. N’importe quelle passion paraît toujours un peu ridicule pour les autres, qui eux-mêmes peuvent être moqués pour leurs loisirs ou leurs comportements.
La collection d’objets est quelque part un substitut à des choses qui vous manquent (même s’il ne faut pas exagérer), et le fait de constituer sa collection, de la voir, la toucher, la posséder, la compléter,  d’avoir créé une œuvre qui donne du plaisir voire un soutien affectif.
Tous les adultes, à des degrés différents, cherchent à être reconnus. Ils ont différentes stratégies par exemples en se consacrant à ceux qui ont besoin de soins et de protection, en s’enrichissant ou en cherchant des postes de pouvoir, en s’investissant dans une cause ou un objectif à défendre qui demande du militantisme, en pratiquant quotidiennement un sport ou en devenant collectionneur…
Le comportement du collectionneur est traversé par l’alternance de sentiments divers : tension quand l’objet est choisi et désiré, phase d’allégresse quand il a réussi à l’obtenir après une stratégie subtile, mais aussi tristesse voire frustration d’avoir raté un objet qui devient encore plus attrayant car manquant. Les insatisfactions sont nombreuses car il ne peut pas acheter tous les objets qu’il peut voir et qui lui plaisent à cause de la limitation financière (certains se contentent d’avoir le plaisir de les prendre en photos au lieu de les acquérir, constituant une collection virtuelle), car beaucoup d’objets ne sont pas sur le marché parfois même pas visibles car rares voire uniques (sauf parfois dans des livres et catalogues, dans les réserves des musées ou chez d’autres collectionneurs). Le désir de l’inaccessible… Par définition, la collection est souvent insatisfaisante car trop vaste et jamais finie. Les frustrations de rater un objet important, louper une bonne affaire ou au contraire se laisser emporter et acheter un objet, qui en fait après réflexions est sans grand intérêt, est agaçant.
On se reproche de ne pas avoir pris la bonne décision, et frustrés quand on loupe un objet qui devient avec le temps pour certains «l’affaire du siècle» ratée. D’ailleurs dans certaines réunions de collectionneurs, quelques-uns se remémorent les affaires perdues, comme les pécheurs qui ont failli avoir le plus beau poisson de la rivière, qui au cours des discussions, devient plus beau, plus gros et plus rare ! Mais comme le sportif qui sait qu’il va perdre souvent, c’est le plaisir de gagner qui importe. Gérer la frustration fait partie de la vie mais l’expérience montre que les objets repassent plusieurs fois sur le marché, qu’ils sont rarement uniques et que d’autres équivalents ressortent… L’exceptionnel peut être à portée des collectionneurs, il s’agit d’être patient et prêt mais les prix demandés sont souvent un réel obstacle. Pour des instruments plus communs, il y a encore de l’offre si on reste vigilant.   
Lorsque l’acquisition a été réalisée, des sentiments surviennent, parfois fugitifs, parfois plus installés, comme le doute sur la valeur réelle de l’objet obtenu, la peur de découvrir des défauts cachés, de culpabilité égoïste d’avoir acheté un objet, souvent cher, exclusivement pour soi au lieu d’offrir un cadeau à sa famille etc….Ces sentiments mélangés sont souvent présents chez les collectionneurs.
Mais le plus souvent c’est la joie de voir arriver un nouvel instrument rejoindre ses semblables qui est courant. Ils deviennent des consommateurs heureux quand ils atteignent leurs buts.
Les collectionneurs recherchent souvent la série complète ou au moins une série homogène.
Car collectionner rend heureux. Tout bonheur est lié à une action énonce le philosophe Alain que si on la mène car l’homme n'aime guère un bonheur qui lui tombe dessus sans avoir rien fait.
Imaginez-vous un collectionneur qui n'aurait pas fait peu à peu sa collection ? Acheter une collection toute faite sans y participer n’a aucun intérêt, sauf pour un musée.
C'est dans l'action libre et non imposée que l’homme est heureux, même s’il se fixe des règles strictes et des obligations et qui apparaissent aux autres comme contraignantes


A suivre.........