jeudi 11 septembre 2014

H.F. KAYSER, facteur de clarinettes à Hambourg. Un ensemble de trois clarinettes (Ré, Ut, Si b) à 12 clés dans un coffret. Collection José Daniel Touroude.


Les 3 clarinettes 12 clés Kayser avec leurs boites d’anches, leur boites de becs et leur écouvillon (coll. JDT).
Que pouvons dire sur cet ensemble ?

1°) D’abord pourquoi une boite avec 3 clarinettes ?

Au début du XIXème siècle, les clarinettistes qui se répandaient dans tous les orchestres civils et militaires devaient pouvoir jouer des traits difficiles et cela dans tous les tons. Or ce n’était pas aisé et le clarinettiste alors devait avoir plusieurs clarinettes et parfois en changer en cours de morceaux.  C’est ainsi qu’il pouvait avoir cette boite avec 3 clarinettes dans des tonalités différentes pour passer de Ré à Mib, ou de Ut, Sib à La ou avoir des clarinettes qui avaient des corps de rechange avant que se généralise la clarinette 13 clés omnitonique d’ Iwan Muller.


2°) Un coffret rare de 3 clarinettes Kayser ?

Qui était Heinrich Friedrich KAYSER ? On ne sait pas grand chose.
Alors toutes informations sont les bienvenues.

Il est né à Hambourg le 4 septembre 1809 et décédé dans cette même ville d'Allemagne le 12 novembre 1890. Il exerça à Hambourg le métier de facteur de clarinettes (on ne connaît pas d'instruments autres que des clarinettes de ce fabriquant, peut-être une flûte?) de 1833 à 1883.
Hambourg était la patrie de son contemporain Johannes BRAHMS (1833-1897). Ses instruments ont été utilisés particulièrement en Scandinavie et en Allemagne du nord.


Johannes BRAHMS.

Pourquoi  12 clés ? En Allemagne, la clarinette 12 clés  était plus populaire alors qu’en France on utilisait la clarinette de Müller à 13 clés. Ces clarinettes sont datées entre 1830-1850.
Différentes marques des instruments.
3°) l’originalité de Kayser ?
 Afin de bien saisir l’intérêt des clarinettes de ce facteur, il faut admirer son travail soigné et la finesse de ses clarinettes notamment ses clés et guides en laiton et c’est pourquoi ces clarinettes étaient et restent réputées.
Détails de clés et des guides.

Il faut replacer les évolutions pour les non spécialistes. Les guides sont de plusieurs sortes : au départ le facteur-tourneur faisait des excroissances (anneaux sur le corps du haut, bulbe sur le corps du bas) avec un tour à bois dans la masse du buis. Ceci permettait de percer ensuite ces guides et mettre des tiges en laiton qui servaient d’axes permettant aux clés d’être tenues fermement et de pivoter sur ces axes. Ces blocs en bois étaient disgracieux et alourdissaient la clarinette.  Aussi les  facteurs vont ils au cours du temps essayer de les réduire.
Clarinette à 9 clés allemande
de la même époque mais
moins élaborée.
Kayser lui va inventer (?) des guides en laiton fixant les clés, guides qui seront fixés eux mêmes sur le corps de l’instrument par des patins (plaques de laiton) puis des boules. Ce qui surprend c’est l’extrème précision de l’ajustement des guides pour faire glisser les clés : vraiment un grand clétier.
Détails des longues clés avec rouleaux et guides.
On peut aussi observer des fausses bagues  dit monoxyle c’est à dire tournées dans le buis supprimant le corps central tout en lui donnant l’aspect de la clarinette ancienne.
Fausse bague monoxyle.

On peut aussi voir le renforcement systématique avec des clous en acier sur le buis afin qu’il n’éclate pas et disposés toujours de la même façon et très nombreux.
Renforcement métallique systématique et identique sur les trois clarinettes.

Une caractéristique aussi peu commune et la fente dans les clés de trilles donnant un confort pour glisser d’une clé à l’autre.
Forme spécifique des spatules des clés pour permettre un meilleur
glissement.

Les roulettes créées par le clarinettiste français César Janssen vers 1840  mais qui ont été très utilisées par la facture allemande.
Rouleaux des grandes clés.

Il existe quelques clarinettes H. Kayser dans des musées notamment à Stockholm, à Edimbourg (collection N.Shackelton), en Allemagne et quelques unes dans des collections privées, soit entre 15 et 20 clarinettes dans le monde. 
Clarinette alto de Kayser du musée de Stockholm.

Le facteur grand facteur actuel Seggelke  à Bamberg a reproduit, pour le clarinettiste anglais Keith Puddy, des Kayser afin de jouer la star de Hambourg : Brahms of course !

Différents modéles de clarinettes reproduites
par Seggelke pour jouer Brahms et Schumann.