mercredi 13 septembre 2017

La famille Kretzschmann de Strasbourg facteurs d'instruments de musique, à vent en cuivre.

Karl Gottlob KRETZSCHMANN est né en Allemagne, à Markneukirchen (Saxe) le 19 avril 1777. Il était le fils du facteur Johann Gottfried KRETZSCHMANN de Markneukirchen et d’Eva Rosina GOETZ et appartenait à la célèbre famille du « Vogtland » qui a donné de nombreux facteurs d’instruments de musique. Il est arrivé vers 1809 à Strasbourg, sans doute accompagné d’un neveu, Charles Gottlob KRETZSCHMANN, facteur d’instruments, né à Neukirchen, décédé à 25 ans le14 juin 1813 à Strasbourg. Le père de ce neveu, Adam KRETZSCHMANN, était aussi facteur en Saxe.
Marque de Charles Kretzschmann.
Karl (Charles) Gottlob, qui avait francisé son prénom, épousa vers 1810 Suzanne ANNECKER (1790-1855), fille d’un boucher installé à Wasselonne en Alsace. Ils eurent quatre enfants dont les deux premiers  décédèrent en bas âge : Charles Gottlob (1812-1814) et Caroline (1813-1817).
Signature de Charles Kretzschmann père.
Le second  fils, Charles Auguste KRETZSCHMANN, né à Strasbourg le 16 octobre 1818 prendra la succession de la Maison en 1842 à la mort de son père. Quant à Frédérique Wilhelmine (Guillemette) KRETZSCHMANN, née le 23 décembre 1821 à Strasbourg, célibataire,  elle décédera le 12 septembre 1860 à Scharrachbergheim dans le Bas Rhin. Dès son arrivée à Strasbourg en 1809, Charles Kretzschmann père se déclara fabricant d’instruments à vent et s’établira au N° 5 de la rue Saint Hélène, adresse des Kretzschmann père et fils pendant toute leur activité. La fabrication de l’atelier comportait tous les instruments à vent en cuivre : cornets, trompettes, cors, trombones, ophicléides et utilisait exclusivement le système allemand de barillets rotatifs.
Pavillon d'un cor naturel de Charles KRETZSCHMANN père.
(Collection R. Charbit)
Même si la production de Charles Kretzschmann fût très influencée par la facture allemande, elle restera par sa diversité et sa créativité d’esprit français : les trompettes à clés, circulaires, demi-lune, les buccins, ophicléides  montrent que ce facteur de province était au niveau des meilleurs facteurs parisiens. A l’exception peut-être d’un ou deux facteurs lyonnais, aucun facteur de cuivres de province, ne produisait une telle variété d’instruments en ce début du XIXe siècle.
Petit cor de poste (Vente de Vichy juin 2006) 
 Grand bugle à 7 clés en Fa en forme de demi lune de Charles KRETZSCHMANN
à Strasbourg. (Collection Richard Charbit)
 

Trompette demi-lune (collection B. Kampmann)
Jean FINCK (1807-1858), autre facteur de cuivre installé à Strasbourg, a sans doute été formé dans l’atelier Kretzschmann, puisque il ne quitta pas Strasbourg et se déclarera tourneur de 1807 à 1817, puis seulement à partir de cette date, fabricant d’instruments à vent. Seul Kretzschmann avait la compétence à Strasbourg pour former un élève. La collaboration entre les différents facteurs strasbourgeois ne s’arrêtera pas là, comme le montrent ces deux cors naturels marqués « Bühner et Keller » et « Dobner », visiblement fabriqués par Kretzschmann.
Cor naturel de Bühner et Keller fait par Charles Kretzschmann (collection RP)

Cor naturel marqué Dobner à Strasbourg sans doute fabriqué
 par Kretzschmann (Collection Richard PICK)
A la mort de Charles Gottlob KRETZSCHMANN, le 18 février 1842 à Strasbourg, son fils unique Charles Auguste KRETZSCHMANN, âgé de 23 ans prit logiquement la suite de son père. Il devait avoir été formé très tôt dans l’affaire, puisque que dès 1844 il participa à l’Exposition de Paris, où il présenta des bugles à Cylindres, un bugle basse et un bombardon.
Signature de Charles Auguste Kretzschmann (1818-1888)

Cornet à pistons en ut/mi b (N° 625 de la collection Bruno KAMPMANN)
Il obtiendra le 1 mai 1850 un brevet de 15 ans N° 9850  « Améliorations et changements apportés au mécanisme des cylindres rodiques qui sont applicables à tous les instruments de musique tels que cornets, clairons etc…. » En fait C.A Kretzschmann était un partisan « du système à cylindres rodiques » auquel il trouvait de multiples avantages, dont celui de laisser passer l’air d’une façon plus naturelle et sans obstruction ; en revanche il voulait améliorer son inconvénient majeur, la fragilité et avait conçu un « couvercle manivelle»  qui fonctionnait sans friction. Selon Bruno KAMPMANN « ….l’idée est très proche de la walzenmaschine brevetée par CERVENY postérieurement en 1873. La particularité unique est que les ressorts de rappel sont inclus dans les barillets, et non situés dans un rotor extérieur ». Si vous voulez en savoir plus (et si vous parlez allemand) ce système est détaillé à la page  35 de l’ouvrage de Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».
Trompette en sol à trois barillets et ton de sol, 
appliquant ce brevet, en particulier le couvercle manivelle
(N° 528 de la collection Bruno KAMPMANN)
Il récidivera en 1856 et obtiendra le 23 juin un brevet de 15 ans (N° 28038) pour la fabrication d’un « système de pistons à mouvement horizontal avec pression verticale, applicable à tous les instruments de musique en cuivre ».


















« Clairon chromatique baryton en si utilisant ce nouveau brevet » (Musée de la Musique à Paris) et schéma expliquant ce nouveau système  à pression verticale et mouvement horizontal. Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».

A cette date, il faisait partie de la coalition des facteurs d’instruments qui luttera contre l’hégémonie du grand Adolphe SAX. Nous n’allons pas « répéter » ces procès fastidieux entre la coalition et le « pauvre Adolphe Sax martyr de tous ces cupides facteurs d’instruments », discours convenus et entretenus par des écrivains bien connus, comme Oscar Comettant et le Comte Ad de Pontécoulant, discours repris en cœur dans tous les documents publiés sur Sax, même actuellement ; ouvrages dans lesquels KRETSCHMANN est cité très rarement, sinon pour souligner « sa cupidité » et son « incompétence ».  Pourtant il existe un nombre impressionnant d’ouvrages reprenant l’ensemble des procès opposant Kretzschmann à Sax, disponibles à la Bibliothèque Nationale de France, montrant que le combat fût long, âpre et que l’issue ne fût pas si favorable pour Sax, puisque en appel, Kretzschmann fut condamné non pas pour contrefaçon, mais pour…recel de 4 instruments produits par Kretzschmann comme preuve d’antériorité au brevet Sax de 1845 et pour les avoir introduit en France. 
Le Grand Adolphe Sax.
Les procès entre A. Sax et C.A. Kretzschmann : procès longs et pas particulièrement flatteurs pour le "Grand Sax".


Reprenons les éléments essentiels de ces procès. Ch. A. KRETZSCHMANN fut d’abord cité comme témoin dans le procès qui opposa GAUTROT à SAX, mais son témoignage ne fût pas retenu. Aussi, lorsqu’il fut cité comme témoin dans le procès  qui opposa BESSON à SAX, il produisit trois instruments, fabriqués par son père (3 ophicléides altos à 3 pistons parallèles vendus en 1839 et 1841 dont les propriétaires étaient suisses, et vosgiens) et un quatrième, vendu par Kretzschmann fils en 1843 (ophicléide alto à trois pistons), fabriqué avant le brevet Sax du 13 octobre 1845, qui revendiquait l’invention :
« Des instruments ayant le pavillon en l’air et les pistons parallèles au tube de l’instrument ». 
Sax fait saisir ces quatre instruments, ainsi que les documents prouvant la vente à la date indiquée, pour contrefaçons. Comme il était difficile de contredire les dates, en particulier celles qui concernaient les instruments de Kretzschmann père décédé en 1842, le tribunal décida que les instruments auraient été modifiés après 1845 mais par qui ? Le tribunal n’osa accuser ni Besson, ni Kretzschmann, puisque les instruments étaient arrivés au tribunal dans des conditions particulières. Nous voudrions décrire avec quels soins les propriétaires avaient fait parvenir au tribunal les instruments, propriétaires qui c’étaient même déplacés durant les procès pour témoigner en faveur de Kretzschmann.
Prenons le cas de «  l’ophicléide alto à trois pistons parallèles, fabriqué par feu Mr KRETZSCHMANN père et vendu par lui le 19 octobre 1841 à Mr Louis Hoffmann-Vulliemoz à Lausanne, canton de Vaud (Suisse). Cet instrument a été produit en justice par son propriétaire actuel, Mr François Blanc, huissier à Lausanne, à l’appui de sa déposition du 30 juillet 1858. Pour établir l’origine et la date exacte de cet instrument, Mr KRETZSCHMANN fils avait produit :
·         Les livres de commerce de feu son père.
·         Les lettres relatives à cet instrument de Mr Louis Hoffmann-Vulliemoz.
·         Une déclaration notariée du 26 mai 1858 de MM Louis Hoffmann-Vulliemoz, François Blanc propriétaire de l’instrument, David Thuillard, Philippe Pflüger, Frédéric Allamand, Jacques Lauffen, Jacques Hoffman, Henri Blanc.
Les signataires de cet acte ont déclaré « qu’étant tous membres du corps de musique militaire de Lausanne, dirigé par le lieutenant Hoffman, ils ont vu cet instrument dans leur musique dès l’année 1841. Cet instrument alors nouveau pour eux, fut de leur part l’objet d’un examen particulier et leur a laissé un souvenir parfaitement distinct, notamment par la position des pistons placés tous trois ensemble dans la même direction parallèle au tube du pavillon ». Ledit instrument reconnu cacheté par un notaire ». (5)
Le même traitement étant fait pour les trois autres instruments, il faut croire que Mrs Kretzschmann et Besson bénéficiaient d’un solide réseau de « complices », puisque le 19 juin 1862 ils étaient accusés « non pas d’avoir contrefait les quatre instruments, mais de les avoir introduits en France et recélés, sachant qu’ils étaient contrefaits ». (5)
On comprend mieux, pourquoi Constant PIERRE fut aussi sévère avec A. SAX  dans son ouvrage « Les facteurs d’instruments de musique ».
« A. SAX déposa de nouveau son bilan en 1873, après une période particulièrement brillante, pendant laquelle il avait certainement vendu beaucoup d’instruments, reçu plus de 500 000 frs d’indemnité du procès Gautrot, encaissé nombre de primes des facteurs qui avaient sa licence pour faire des instruments imposés sous son nom dans l’armée. Comment donc s’il n’y eut des dépenses excessives, des remises exagérées, des frais de publicité énormes, des panégyristes largement rémunérés, s’expliquer un tel désastre. Avec le nouveau régime, Ad. SAX ne retrouva pas l’appui que lui avaient prêté les fonctionnaires de l’Empire, la lutte redevint égale et toute pression officielle cessant, les facteurs purent écouler les instruments de leurs systèmes, sans être contraints comme auparavant, de se borner à la confection des types réglementaires imposés et dénommés à l’instigation d’Ad. SAX ». (7)
Quant à Ch. A. KRETZSCHMANN, il se retira des affaires vers 1860 : « Mr KRETZSCHMANN s’est retiré des affaires ; mis en possession par son père d’une fortune relativement considérable, augmentée encore par sa propre industrie et suffisante aux besoins de son existence ». (5)

On remarque également que son brevet de 1856 : « nouveau système à pression verticale et mouvement horizontal » avait pour but de répondre au brevet SAX de 1845, même s’il ne rencontra pas un franc succès.
Il se retira à Scharrachbergheim, petite commune du Bas Rhin de 1000 habitants, située à 21 kms de Strasbourg. C’est là qu’il décédera le 12 octobre 1888 à l’âge de 70 ans, sans descendance. (*)
C’est Achille (François Pascal) GALLICE qui prendra la succession de la Maison KRETZSCHMANN dans les années 1860. Achille GALLICE était né à Briançon le 5 décembre 1832, il était le fils de Pascal GALLICE ébéniste à Lyon. Avant son installation rue des Frères, il devait travailler pour Jean Chrétien ROTH (Successeur de Dobner et de la Maison Bühner et Keller), puisque lors de son mariage le 19 juillet 1856 à Strasbourg avec Pauline SCHATZ, fille d’un brossier de Strasbourg, « J.C. ROTH, 40 ans facteur d’instruments et Jacques ROTH, 33 ans amis de la famille » en furent les témoins.

Achille GALLICE exerça son métier de « facteur d’instruments en bois et en cuivre » de 1867 à 1886 à la même adresse, 14 rue des Frères qui deviendra en 1880 la « Brüderhofgasse ».

Bibliographie :

(1) : Comte Ad de Pontécoulant : Organographie. Essai sur la facture instrumentale. Art, Industrie et commerce. Paris 1861.
(2) : Oscar Comettant : Histoire d’un inventeur au XIX° siècle. Adolphe Sax, ses ouvrages et ses luttes. Paris 1860.
(3) : Malou Haine : Adolphe Sax (1814-1894) Bruxelles.
(4) : Jean Pierre Rorive : Adolphe Sax (1814-1894), Inventeur de génie. Edition Racine.
(5) : Cour de Cassation. Mémoire ampliatif pour Mr Ch. A. Kretzschmann contre M. A. Sax. 1863 chez
Silbermann.
(6) : Cour de Cassation, chambre criminelle : Besson, Kretzschmann contre Sax : BNF 4 FM 16527.
(7) : Constant Pierre. Les facteurs d’instruments de musique. Paris 1893.
·         Larigot : Catalogues de la collection de Bruno Kampmann.
·         Site de Richard Charbit : http://www.orpheemusic.com.
·         Anthony Baines: Brass Instruments. Their History and Development.
·         Waterhouse William: “The New Langwill Index. A dictionary of Musical Wind Instrument Makers and Inventors”.
·         Archives départementales du Bas Rhin à Strasbourg. Etat civil, recensements, annuaires, almanachs.
·         Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».
·         Enrico WELLER « Der Blasintrumentenbau in Vogtland von den Anfängen bis zum Beginn des 20
Jahrhunderts ».
·         Site de Richard Pick : http://www.pick-et-boch.com/

·         Brevets : Archives de l’INPI : 26 bis rue de Saint Petersbourg, Paris 75008.

jeudi 31 août 2017

Clarinettiste à Waterloo, Facteur de clarinettes à Brest puis à Metz : Jean François LEROY (1782-1853), ou les aventures d'un "clariboleux" aventurier.

Oui je suis d'accord, avec vous, le titre de cet article est franchement "racoleur" et sans doute exagéré.....mais les vacances sont passées par là et pour cette rentrée difficile, je voulais insuffler dans le blog, à l'exemple de notre président jupitérien un souffle de lyrisme et de dynamisme......
Les habitués du blog savent que ce facteur messin avait déjà fait l'objet d'un article, mais j'ai trouvé de nouvelles informations qui méritent d'être publiées.
Jean François Leroy est né à Metz le 23 mars 1782, son père devait être militaire dans l'armée révolutionnaire car il est décédé à Metz le 26 avril 1793 (né à Metz) à l'hôpital militaire étant infirmier. On retrouve J.F Leroy à Brest le 3 août 1811 pour son mariage avec Julienne Lambault (1760-1817) de 22 ans son aîné. Il était musicien au 3iéme régiment d'infanterie de ligne, elle était née à Vannes le 2 novembre 1760 et divorcée de François Bernard le 25 avril 1801 à Brest. 
La musique d'un régiment d'infanterie de ligne vers 1810.
Les témoins du marié à ce mariage étaient le lieutenant du 3ième régiment d'infanterie de ligne Pierre Félix de Saint-Omer et Jean-Baptiste Taricot chef de musique du 3iéme également.
Tambour major du 3iéme régiment d'infanterie de ligne
en 1810

Le 3iéme régiment d'infanterie de ligne : Créé sous la révolution ce régiment participera aux campagnes de l'empire  pour commencer dans l'armée du Rhin. Son drapeau reçoit les inscriptions "Austerlitz 1805" et "Wagram 1809". Il se bat aussi en Espagne et sera presque détruit à Waterloo. On peut donc imaginer que notre personnage ayant 29 ans en 1811 a dû participer à quelques campagnes de l'empire....mais comme musicien.

  
Notre clarinettiste a dû participer à la campagne d'Espagne puisqu’il ne figure pas dans les recensements de Brest en 1813 où son épouse habite seule avec une domestique. En 1814 il est signalé comme musicien, c'est la période de la première restauration avant les 100 jours et la défaite de Waterloo. C'est sans doute à cette période qu'il quitte l'armée active puisqu'en 1815 il est musicien de la garde nationale et habite avec son épouse au 40 rue de Siam à Brest.
Quelques anecdotes sur "Les Musiques d'infanterie sous l'empire (1804-1815)" tirées d'un article de 1997 du N°123 de Tradition Magazine : 
Les petits soldats de Strasbourg.
"C'est surtout à partir de 1792 que la musique militaire a pris en France un grand développement. Le décret du 21 février 1793, énonçait que chaque demi-brigade aurait un tambour-major, un caporal-tambour et huit musiciens dont un chef ". "Dans plusieurs corps d'infanterie, il se trouve un plus grand nombre de musiciens que les règlements n'en accordent. Ces musiciens, admis en qualité de gagistes, et pour un temps limité seulement, touchent la solde et les fournitures comme s'ils étaient enrôlés en qualité de soldats ; encouragés à devenir soldats s'ils ne l'acceptent pas, c'est aux officiers de régler leurs coûts". 

Selon le maréchal Ney, pendant la bataille : " La musique du régiment durant le combat sera réunie en arrière sera réunie en arrière et jouera des airs guerriers...Les trompettes sonneront les fanfares. Les tambours et fifres seront envoyés  à la droite et en arrière de leurs bataillons effectifs, afin d'exécuter les batteries que le colonel jugerait convenable".


"Dans ses mémoires, le musicien Girault écrit  : "Nous autres musiciens, nous nous retirons dans une ferme qui était près de là, pour soigner les blessés qu'on y transportait et aussi pour nous mettre à l'abri....". "Nous fûmes acceuillis par une vive fusillade. Ce n'était pas l'affaire des musiciens, aussi nous voilà bien vite à prendre notre poste derrière le régiment. Le combat devenant général, nous nous retirons sur une hauteur d'où nous pouvions tout voir sans danger". On comprend mieux l'épithète de loin des balles qui leur est attribuée par les soldats".
La reconversion de Jean François Leroy : En 1817 il est installé comme luthier au N°40 rue de Siam à Brest, un immeuble que possédait son épouse rentière avec un magasin et six appartements. Malheureusement son épouse décède le 18 septembre 1817 à 56 ans. A-t-il fabriqué des clarinettes ou d'autres instruments sous sa propre marque à Brest ? Nous n'en savons rien car aucun instrument, connu actuellement ne porte cette marque. L'année suivante il s'installe à Metz comme Luthier, en Fournirue au 37, c'est là qu'il rencontre sa seconde épouse, Marie Louise Gallez (29 ans) la fille d'un bijoutier installé lui aussi en Fournirue, au 39. Le mariage a lieu le 19 août 1818. 
Signature de Jean François Leroy en 1818.
Clarinette en ut de
J.F Leroy à 5 clés
carrées. (coll. J.L. Matte)
Ils s'installent  en Fournirue, tout d'abord au N°37 où ils habitaient avec la ,famille de la soeur de l'épouse : Anne Gallez. C'est là que naît leur première fille Marie Adélaïde le 14 juin 1819.  Il devait déjà fabriquer des clarinettes puisque nous connaissons une clarinette en ut à 5 clés carrées (Collection J.L. Matte). Le 25 juillet 1822 né son fils Pierre Charles, au N°39 en Fournirue.
Il participe en 1824 à l'exposition nationale de Metz et expose : Une clarinette en si bémol à 13 clefs et en ébène ; une clef brisée sert à donner le la bémol et le la dièse. Mais il présente aussi deux flûtes, "l'une en ivoire, à six clefs et garnie en argent, l'autre en grenadille à 6 clés également, une petite flûte à 6 clés ou octave en ébène, un flageolet d'orchestre en ébène, un basson à 12 clés, dont trois ont été ajoutées par M. Leroy qui a aussi apporté quelques changement aux autres. Cet instrument, dont le doigté tout particulier exige une habitude que tout le monde ne peut avoir, n'a pu être essayé comme on l'aurait désiré". La conclusion : médaille de bronze de première classe.
Exposition de Metz de 1824.

En 1828 à l'exposition de Metz
, "il expose une clarinette à 18 clefs, garnie d'un nouveau mécanisme qui favorise le doigté dans l'exécution des morceaux en ut mineur, en ré et la majeur ; une flûte en ivoire à six clefs, une flûte en ébène à six clefs ; une petite clarinette ordinaire à 9 clefs; enfin un basson à 12 clefs".

Marque de J.F Leroy d'une clarinette en La à 13 clés
de notre collection.

A l'exposition de Caen en 1828, il présente un bec de clarinette. Il participe à l'exposition de Metz de 1834 et expose "une clarinette et une flûte excellente qualité". Il est Chef de musique de la garde nationale à Metz de 1832 à 1841.

Insigne d'honneur de la garde nationale de Metz
(vers 1800)
A cette période il habite avec sa famille, et celle de son beau-frère, Joseph Roupert, bijoutier au N°39 en Fournirue. "1836 : Leroy, 39 en Fournirue à Metz. Fabricant d'instruments à vent, dépôt de la librairie musicale, directeur de la musique de la garde nationale, fabrique particulièrement la nouvelle clarinette à treize et quinze clefs, tient généralement tous les instruments en cuivre et en bois. Magasin bien assorti de musique ancienne et moderne, cordes de Naples, fournit la musique militaire". (Extrait de l'almanach de Moselle de 1836).




Clarinette Sib à 14 clés de J.F. Leroy.


(Collection René PIERRE)



























Le commerce d'instruments de musique ne devait pas "nourrir son homme" puisque le couple Leroy de 1830 à 1853 avait étendu son domaine: "Leroy, 39 en Fournirue, flûtes, clarinettes, jouets d'enfants, articles de pêche. Médaillé en 1826 et 1828". En 1843 à l'exposition de Metz, il obtient une Médaille de première classe, car le Jury lui reconnaît, " un mérite d'invention dans les perfectionnements qu'il vient d'introduire dans la clarinette...."

Exposition de Metz pour 1843.
.




Clarinette en Ut de J.F. Leroy

à 13 clés, avec un bec original.

(Collection J.M. Renard)










En 1835, son beau-père, Gaspard Gallez, ancien bijoutier (83 ans) décède ; toute la famille habitait 2 chambres d'habitation pour un loyer de 200 frs avec deux chambres pour le commerce pour un loyer de 550 frs. Leur fille Catherine Adélaïde accouche en 1842 d'un petit Adolphe Jules et Charles, leur fils s'installe, en 188 comme tailleur d'habits au 37 place de la Chambre.  Jean François Leroy décède le 14 février 1853, il avait 70 ans.






Clarinette en Sib de JF Leroy

à 13 clés.

Collection RP

RECTIFICATION : J'ai précédemment publié une photo inversée de cette clarinette qui a pu faire penser à une clarinette pour gaucher. Merci à Albert Rice de m'avoir signalé cette erreur. Je n'ai toujours pas compris comment cette photo a pu s'inverser lors de mes manipulations.
Désolé d'avoir provoqué de faux espoirs.

RECTIFICATION: I previously published a reversed photo of this clarinet which could make think of a clarinet for left-handed. Thanks to Albert Rice for reporting this error. I still do not understand how this photo could be reversed during my manipulations.
Sorry to have caused false hope.





Si vous avez des instruments de J.F. Leroy n'hésitez pas à nous contacter.

La veuve Leroy continua le commerce de musique jusque vers 1861.






vendredi 23 juin 2017

Une clarinette unique ? Et c'est une suédoise. Clarinette : T. Dahlström à Malmö. En enda klarinett? Och det är ett svenskt. Klarinett: T. Dahlström i Malmö.

Par José Daniel Touroude.


Du är samlare? Och svenska hjälpa oss att förbättra den här artikeln.


Tous les collectionneurs se targuent d’avoir quelques pièces rares et comme mes amis, j’en ai quelques-unes dont une jolie suédoise assez mystérieuse de deux siècles !

Psychologie des collectionneurs.


De prime abord, cette clarinette est classique faite en buis, bien tournée avec des bagues en corne et possède 5 clés carrées en laiton et a le profil assez commun d’une clarinette européenne à la fin du XVIIIème et début du XIXème siècle (sauf en Angleterre : cf. Les clarinettes anglaises.). Son intérêt est dû plutôt à son origine puisqu’elle a été fabriquée par un facteur suédois (ils étaient peu nombreux), un certain T. Dahlström à Malmö.


D’ailleurs ce qui incite aussi à la réflexion, c’est le peu d’instruments qui demeurent dans le temps (heureusement qu’il y a des collectionneurs) parmi les centaines produits par des facteurs ! mais au-delà de cette constatation, nous savons peu de choses sur la facture suédoise et ma clarinette va être le déclencheur d’une curiosité permettant aussi de rappeler l’existence des premiers virtuoses de la clarinette dont un suédois célèbre nommé Crusell qui sillonnaient l’Europe et les cours royales de Moscou ou Saint Petersburg à Londres, de Naples à Paris, de Berlin ou Leipzig  à Vienne, de Prague à Copenhague et Stockholm … c’est à dire là où la demande de musique classique et bien payée existait... On est stupéfait par ces voyages longs, pénibles et permanents des grands musiciens à travers l’Europe ! Un livre récent d'A. Perez-Reverte «deux hommes de bien»  le montre bien. Nos virtuoses actuels, toujours entre deux avions, enchaînant les contrats à travers le monde perpétuent cet état de fait. 
Bernhard Henri Crusell (1775-1838)
Le contexte historique :
La Suède n’était plus une puissance militaire importante en Europe (comme au 17ème siècle) ayant trop bataillé contre ses voisins et trop minée par ses luttes intestines, mais restait incontournable car le roi et certains aristocrates organisaient au cours du 18ème siècle, de nombreux concerts de musique, accueillant des musiciens itinérants de qualité. Certains comme Joseph Kraus (1756-1792) grand musicien allemand contemporain de Mozart immigra et resta en Suède. Mais c’est Roman (qui fut élève à Londres de Haendel) qui est considéré comme le père de la musique suédoise.
La création en 1771 du Conservatoire de l’Académie Royale de Musique puis la création du théâtre et enfin de l'opéra en 1781 à Stockholm par le roi Gustave III montrait à tous que la Cour Royale de Suède pouvait rivaliser avec les autres capitales européennes. Quelques grands musiciens se sont expatriés vu la demande de la cour et des aristocrates suédois demandeurs de musique « savante ».
Dans cette deuxième moitié du 18ème siècle, ce nouvel instrument qu’est la clarinette se répandait et a eu rapidement ses premiers virtuoses. Cet instrument, encore peu abouti, prenait place à côté du flageolet, de la flûte, du hautbois, du basson, du cor et remplaçait peu à peu le chalumeau à 2 clés cantonné dans son aspect pastoral dans la musique classique. Un lieu fut déterminant incontestablement pour la progression et la reconnaissance de la clarinette dès 1754, c’est Mannheim en Allemagne avec les Stamitz Johann puis son fils Carl , Hozbauer, Cannabich, le virtuose Tausch … et un de ses admirateurs fut W.A. Mozart qui donna à la clarinette un rôle important dans ses œuvres.
La noce de village (1809), Pierre Alexandre WILLE;

Mais la popularité de cet instrument est due aussi à l'introduction de la clarinette dans les musiques militaires à travers les parades militaires, les harmonies puis dans la musique populaire. Ce n’est pas un hasard si la plupart des clarinettistes, et cela depuis les premiers virtuoses jusqu’à nos jours, ont fait partie intégrante des armées. (Cf. Les clarinettes militaires.
La Suède sera prise dans le même mouvement avec notamment la Garde Royale qui va faire une place importante pour les clarinettes. La maîtrise de cet instrument demande un travail régulier et peut devenir alors par ses palettes différentes et sa mobilité un instrument essentiel qui peut jouer en musique de chambre comme en plein air. Ainsi les clarinettistes suédois vont devenir au fil du temps, comme dans les autres pays européens, des militaires-musiciens professionnels. La Garde Royale va peu à peu se renforcer et améliorer son niveau car la musique militaire cherche à répandre la musique mais aussi à communiquer, à susciter l’enthousiasme et à séduire les populations par des défilés et des concerts. La Garde Royale sera dirigée notamment par l’incontournable clarinettiste virtuose suédois Crusell que nous retrouverons. Notre clarinette Dahlström provient peut être (je n’ai pas de preuve formelle) de la Garde Royale et je rêve qu’elle ait pu jouer devant le grand Crusell … mais revenons sur terre !
Garde Royale Suédoise.
La facture suédoise entre 1750 et 1850 : La facture suédoise connut d’abord  l’influence de la facture allemande :

D’abord par la proximité et par les guerres d’occupation, la facture suédoise a débutée par l’importation, la réparation puis la copie de la facture allemande alors prépondérante et inspirante. D’autre part les guerres à travers l’Allemagne ont favorisé l’immigration de facteurs d’instruments à vent et de musiciens allemands à travers l’Europe puisque ces territoires ravagés et appauvris cherchaient plus à survivre qu’à payer des musiciens et des instruments. La Suède connaît ainsi comme toute l’Europe, une instabilité dues aux guerres quasi permanentes : souvent alliée à la France, elle fit la guerre de 30 ans au 17ème siècle aussi bien politique (contre la puissance des Habsbourg) que religieuse (protestants contre catholiques) où le roi de Suède Gustave II Adolphe rêvait de faire de la Baltique une mer uniquement suédoise. il ravagea aussi l’Alsace et la Lorraine, alors allemande, (chère à notre ami René Pierre !)… puis il y eut la guerre de 7 ans (1756-1763), puis napoléoniennes…Pour notre propos l’occupation des territoires allemands avait eu l’habitude d’acheter( ?) et/ou  piller (?) ses instruments à vent dans les centres de production germaniques. Bien sûr le transfert du savoir-faire allemand s'est propagé en Suède chez les tourneurs sur bois et réparateurs d’instruments en Europe du Nord comme dans toute l'Europe très rapidement. Nous verrons que l’analyse de notre clarinette de Dahlström est inspirée fortement par la facture allemande et date de cette époque. Un magnifique exemple proche de notre clarinette par cette clarinette de Grenser de Dresden réalisée en 1785.
Grenser.
Dahlström.



































La facture suédoise connut aussi l’influence de la facture française

Les échanges et les intérêts furent étroits entre la France et la Suède car ils étaient souvent alliés pendant les guerres du 17 et 18ème siècles. De plus la Suède fut le premier pays à reconnaître la République Française, avant que le maréchal Bernadotte ne devienne le créateur de la dynastie royale actuelle. Ce rapprochement favorisa l’utilisation et l’importation de clarinettes françaises en Suède et sa diffusion. En effet la clarinette était  omniprésente et l’instrument le plus répandu dans les musiques militaires des armées napoléoniennes à travers l’Europe (plus de 1000 clarinettistes). En conséquence, vu la demande de cet instrument, une facture suédoise, modeste mais réelle, fut inspirée d’abord par la facture allemande puis française (qui étaient d’ailleurs assez proches à l‘époque avant de se différencier quelques décennies après.).
Trois clarinettes à 5 clés de la même époque : de gauche à
droite : Allemande de GS Kollmus de Neukirchen, Suède
Dahlström de Malmö, France, Cousineau père et fils datée
de 1789.

Il est curieux que la facture suédoise, voire même celles d’Europe du Nord, existent peu dans les grandes collections privées et les musées spécialisés. Toutefois nous trouvons quelques instruments à vent de facteurs suédois dignes d’intérêt. Citons notamment pour les clarinettes : Johan Carlström de Stockholm (contemporain de Dahlström fin 18ème siècle.). Au début du 19ème siècle il y eut C.M. Fröman  à Uppsala. 
Clarinette  de Fröman (a1813-1851). Musée de la musique de Stockholm
Flûte 8 clés de C. Fröman.  Musée de la musique de Stockholm
Peter Morthensen Gudme (1805-1887) à Svendborg  et Anders Ulrik Bodell (1795-1866) à Stockholm.  
Clarinette Piccolo
A.U. Bodell.
Stockholm.
Clarinette
A.U. Bodell.
Stockholm.





































H. Söderberg établi à Westeras  :
Cor de basset de H. Söderberg.
Stockholm.
Clarinette Bb à 11 clés de H. Söderberg.  (Musée d'Edimburg)
......et P.A. Carlson (1779-1843) de Carlskrona :
Clarinette Carlson. (Musée de Stockholm.)
Clarinette Carlson (Musée de
Stockholm).
Flûte 6 clés de Carlson.
(Musée de Stockholm)




































Après ce bref aperçu, analysons notre facteur puis sa clarinette

Les facteurs : apparemment il y en a deux : T. Dahlström et L. Dahlström sans doute son fils. Le seul instrument connu dans les musées européens est une flûte à 2 clés (modèle Quantz qui était un flûtiste baroque de renom, professeur de Fréderic de Prusse et inventeur de la 2ème clé). Cette flûte fin XVIIIème siècle est signée L. Dahlström de Malmö sans doute le fils ? de T. Dahlström de la même ville) et se trouve au musée de Stockholm.
Flûte à 2 clés L Dahlström. (Musée de Stockholm)
qui a remporté un prix à l'exposition de Stockholm
vers 1820.
D’après les responsables suédois du musée, ils n’ont aucune information sur une clarinette existante de Dahlström dans les musées et les collections privées en Suède même si ce facteur est connu, ce qui renforce ma conviction que ma clarinette est peut être la dernière survivante de ce facteur. L’estampille au fer montre T. Dahlström et le nom de la ville de Malmö ainsi qu’une couronne royale qui elle est gravée différemment. Est-ce que cette marque peut préciser la datation (comme le font les poinçons des clés en argent  des flûtes par exemple ?
Deux hypothèses sont plausibles : Le fait de mettre cette couronne pouvait montrer l’agrément des autorités sur l’activité de Dahlström et la reconnaissance de la qualité de ce facteur ou bien comme le signe que cette clarinette appartient à la garde royale (ce que je pense), toutes les armées mettant des signes, des numéros de reconnaissance pour l‘inventaire de leurs matériels.La couronne ressemble à une coquille saint jacques . si certains connaissent cette estampille ?
L’estampille indique Malmö : Malmö est une ville stratégique de Scanie située face à Copenhague, devenue un des premiers foyers protestants et qui fut dans l’histoire l’objet de conflits répétés, rattachée soit au Danemark soit à la Suède !  Ce qui est amusant c’est que cette clarinette suédoise a appartenu longtemps à un collectionneur danois avant qu’elle arrive dans ma collection…( j’aime les livres et films qui racontent la vie parfois mouvementée des objets à travers leurs détenteurs et l’histoire…« Objets inanimés avaient vous une âme » ?.....)
Détail de la clarinette de Dahlström.
Au 17ème siècle la Suède devient puissante militairement et va rattacher Malmö définitivement, ville qui va se développer dans la deuxième moitié du 18ème siècle avec son port, ses sucreries, son commerce florissant, ses textiles et tanneries et sa richesse économique va aussi entraîner une vie culturelle notamment musicale donc des musiciens, donc des facteurs et réparateurs d’instruments de musique ! puis Malmö va s’industrialiser au 19ème siècle pour devenir la 3ème ville de Suède. Il était donc logique qu’il existât quelques facteurs d’instruments à vent et notamment de clarinettes dans une ville de garnison et en expansion économique et culturelle. Les Dahlström font partie de ces facteurs. Je n’en connais pas d’autres résidant à Malmö qui ont traversé l’histoire… (je fais appel aux lecteurs suédois pour analyser des registres de la ville de Malmö au début du 19ème siècle ! ). 
 

Malmö. 
L’analyse de la clarinette montre qu’elle a été fabriquée entre 1780 à 1830 ce qui ne nous précise rien. Elle est classiquement allemande. T. Dahlström de Malmö a fait une clarinette classique où l’influence allemande est prépondérante.
Quelques indicateurs : En haut du corps du haut, les clarinettes allemandes élargissent un peu pour renforcer la courbure du barillet alors que les clarinettes françaises sont tournées droites. Le barillet est bombé à la base comme les clarinettes allemandes et non au milieu comme les clarinettes françaises. Même si le bois est peu épais, donc tourné par un tourneur talentueux réalisant ainsi une clarinette certes fragiles mais légère (pour défiler ?) Les trous sont assez gros pour projeter le son et jouer dehors ce qui induit que c’est plus un instrument militaire ou d’harmonie que de musique de chambre. Le pavillon monoxyle et les bagues en corne d’origine (sans doute de vache moins rare et foncée que les cornes d’animaux d’Afrique importées) montre que ce n’est pas une clarinette luxueuse. Donc encore un argument pour l’usage militaire. Les blocs des grandes clés ont une coupe à l’allemande et les deux grandes clés qui ont un décrochement. La forme des clés sont carrées, épaisses et biseautées (les français vont arrêter les clés carrées vers 1825 alors que les allemands continueront jusqu’en 1870). 
Le bec en ébène est d’origine, creusé par des empreintes dentaires montrant qu’il a beaucoup joué et défilé. Il est non signé comme la plupart du temps à cette époque a été taillé pour que l'anche se cale bien à plat. Vraisemblablement le clarinettiste originel jouait avec le bec « à l’allemande » comme actuellement. les clarinettistes français jouaient à cette époque à l'envers, l'anche posée sur la lèvre supérieure «à la française». Ce n’est qu’en 1832 que Beer impose à Paris et en France de jouer à l’allemande comme actuellement . Au début du XIXème siècle, les bagues en ivoire et corne ou les tampons en cuirs, les ressorts en laiton sont rivetés sur les clés se ressemblent. 
Pour nous c’est une clarinette suédoise d’influence allemande du début du XIXème siècle ayant appartenu à une musique militaire (garde royale ?) par un clarinettiste qui l’a bien entretenue car cette clarinette n’a subie aucune restauration et est en excellent état. Elle a été ensuite été bien conservée chez des collectionneurs.
Les premiers virtuoses de la clarinette : Beer, Tausch, Stadler, Crusell …. ont maitrisé ce nouvel instrument, inspiré nombre de compositions et ont positionné la clarinette comme instrument soliste à part entière. Tausch est un clarinettiste important car c’est un des pères du style allemand se concentrant plus sur les nuances et la beauté du son que son rival Beer. Le virtuose allemand Franz Tausch venant de Mannheim (ville si importante dans l’histoire de la clarinette) jouait sur une clarinette 5 clés du  facteur suédois Johann Carlström selon Albert Rice. (contemporain de Dahlström ? L’autre clarinettiste virtuose contemporain venant de Bohème fut Joseph Beer ancien clarinettiste de la cour de Prusse puis dans l’armée française du duc d’Orléans en 1771 (la presse mentionna qu’il avait joué avec talent à Paris un concerto de Carl Stamitz de Mannheim). Il jouait avec une clarinette à 5 clés. Mozart et Beethoven rencontrèrent le virtuose J. Beer fêté à travers toute l’Europe. 
Beer fut des premiers virtuoses de la clarinette, il devint professeur à Paris imprimait à ses élèves (dont Klosé) le style français (plus volubile et brillant). Il eut aussi comme élève notamment le virtuose Michel Yost et composa aussi de nombreuses pièces pour la clarinette. (Cf. La-baguette-de-chef-dorchestre-de Klosé.Beer aida Barthold Fritz de Brunswick à doter la clarinette de clés (selon Fétis et Lefevre 1er professeur au Conservatoire de Paris) et jouait avec  des corps de rechange afin de changer facilement de tonalités ; (a t-il inventé ou collaboré à ces inventions ou avoir été un des premiers utilisateurs ?)   
 
Fr. Beer d'aprés P.C. Van Geel.
D’autre part on ne peut pas parler de clarinette et de la Suède sans évoquer  le virtuose cosmopolite et compositeur Crusell qui sera quelques années plus tard le meilleur ambassadeur de la clarinette en Europe du nord.  Né en 1775 en Suède  (dans une région actuellement finlandaise), très doué, il débute et impressionne son auditoire avec sa clarinette à 2 clés en bouleau, puis devient musicien militaire et l’élève de l’abbé Vogler (ancien professeur de Carl Maria Von Weber et de Danzi) puis du virtuose Franz Tausch à Berlin en 1798 et de Gossec à Paris en 1803. Il joue sur une clarinette Grenser à 11 clés (cf photo), devient soliste et maitre de chapelle du Hovkapellet (Royal Court Orchestra) dirigé l'abbé Vogler et membre de l’académie royale de musique en 1808. A l’arrivée de Bernadotte, il dirige la musique militaire et meurt en 1838 à Stockholm.
 
Clarinette Grenser
 faite en 1810,
 ayant appartenue
 à Crusell (musée de Stockholm)
Actuellement tous les clarinettistes classiques ont joué du Crusell, compositions très bien écrites pour mettre en valeur la clarinette . La musique écoutée en Suède à cette époque  était proches des autres pays européens avec ses musiciens cosmopolites et itinérants qui diffusaient surtout les musiques italiennes, françaises et allemandes.


Actuellement un des plus grands clarinettistes Martin Fröst est suédois rejoignant d’autres suédois célèbres dans le monde de la musique classique comme la soprano Birgitt Nilsson décédée en 2005 ou le ténor Nicolai Gedda etc… 

Notons pour terminer les compositeurs suédois au XIXème les plus connus sont :
Frans Berwald 1796 1868 de la chapelle royale et de l’académie royale violoniste et compositeur important. Lindblad  Adolf (1801-1878) flutiste et pianiste, ami de Mendelssohn, soutenu par Weber puis Spohr, il deviendra le professeur des enfants de la famille royale de Suède notamment. Le grand Edvard Grieg à la fin du 19ème et Carl Nielsen (1865- 1931) célèbre chez les clarinettistes avec son concerto et contemporain de Sibélius autre grand compositeur du nord dans l’orbite suédoise. A la fin du 19ème siècle le mouvement des musiques nationales à travers le monde puisant dans les folklore nationaux vont connaître un certain succès en Suède avec Grieg, Nielsen, Sibelius, Alfven et Stenhammar.

......Et José tu oublies en Jazz : Esbjörn Svensson.....