vendredi 27 janvier 2017

Lyon au XIXème siècle : capitale de la fabrication d'instruments de musique. Principaux facteurs, luthiers et fabricants.

José Daniel Touroude et René Pierre

Première Partie.
Notre objectif est de faire un article synthétique et partager nos connaissances sur les liaisons entre grands facteurs lyonnais. Après nos recherches, grâce à la numérisation des archives, nombre d’erreurs répétées sont corrigées et des hypothèses logiques sont mentionnées essayant de combler certaines lacunes. Évidemment nous attendons les réactions des spécialistes lyonnais pour améliorer notre article. Cet article sera divisé en 2 parties : l’un qui sera consacré à Simiot et à ceux qui lui sont liés de près ou de loin aussi bien par des liens familiaux, professionnels et amicaux, l’autre à l’entourage des deux autres pôles de la facture lyonnaise à savoir les germanophones autour de Sautermeister et les diverses associations de Dubois . Mais il faut bien avoir à l’esprit que ces 3 pôles sont uniquement pédagogiques, tous étant liés les uns aux autres par différents liens (voisinage, amitiés, professionnels…).



Ce qui surprend c’est que Lyon, grande capitale a connu une des meilleures factures d'instruments de musique en Europe, donc du monde à l’époque, et qu'aucune analyse globale l’étudie. On trouve par contre des éléments parcellaires sur l’un ou sur l’autre facteur. En fait les facteurs lyonnais sont très liés. En effet ils  vivent dans la même ville et à la même époque, font les mêmes métiers, ont les mêmes fournisseurs et clients, voire des ouvriers à façon communs notamment des clétiers, se connaissent tous, et ils sont étroitement liés et pas uniquement professionnellement. Quand on étudie la facture d’instruments (la Couture Boussey, Strasbourg…), on peut analyser les liens étroits entre les membres de la même profession. (mariages, apprentissages, voisinage , concurrence, relations conflictuelles et rivalités mais aussi et surtout solidarités, commandes  groupées, co-traitance et sous-traitance, ouvriers à façon passant de l’un à l’autre, groupes professionnels, relations diverses amicales parfois intimes dans le milieu assez fermé de la facture. Ainsi les 3 pôles que nous avons distingués sont liés dans un même ensemble : par exemple Simiot a sans doute fait travailler Sautermeister  à son arrivée à Lyon et celui ci avait des contacts également avec son compatriote Rust.
Enseigne de Luthier. (Musée de la musique de Paris)
Pourquoi la facture lyonnaise se développe t-elle entre 1800 et 1870 ? 
Replaçons le contexte : Avant la révolution française, la facture lyonnaise est classique, modeste et comparable aux autres grandes villes de France. Plusieurs composantes contribuent à l’expansion d’une facture d’instruments à vent importante  et de qualité. En effet la demande en instruments à vent explose car Lyon dans la première moitié du XIXème siècle est à la fois une capitale régionale et stratégique par sa localisation près des frontières mais aussi par sa résistance à la révolution, une ville que la République naissante doit quadriller. Ce sont pour ces raisons que Lyon devient au début du XIXème siècle une ville de garnisons importantes (notamment 99ème Régiment Infanterie et le 24ème d’infanterie légère, 63ème RI, 33ème RI, 9ème RC cuirassiers (cavalerie) etc…). Et il n’y a pas d’armées sans musiques militaires (fanfares et harmonies) surtout depuis les armées napoléoniennes. 
(Nous n’avons pas trouvé le clarinettiste du 33ème  RI
 qui a joué avec la Tabard de JDT mais le tambour major !) 
Lyon est aussi une ville où la musique «civile» est omniprésente (orchestres de l’opéra, du grand théâtre, orchestres divers, académie des beaux arts, écoles de musique formant de nombreux amateurs et professionnels et qui dit musiciens dit réparateurs, facteurs d’instruments et marchands de musique. Entre 1810 à 1870 c’est aussi la grande époque d’évolution des instruments à vent qui se dotent de trous et clefs supplémentaires afin de jouer la musique romantique plus virtuose. Les harmonies sont nombreuses. De plus la loi révolutionnaire « Le Chapelier » supprime les corporations, permettant aux facteurs de s’installer et de créer leurs estampilles plus librement et facilement.
D’autre part l’immigration, notamment allemande, (habituelle dans la facture d’instruments), pendant cette période napoléonienne mouvementée qui modifie les frontières, arrive à Lyon et renforce la facture locale (allemands : Sautermeister, Treumann, Müller, Jung, Rust,  suisse : Piatet…..)  Ainsi Lyon connaît son âge d’or avec de grands facteurs talentueux et réparateurs d’instruments de musique, entre 1800 et 1870 mais aussi créateurs et inventeurs  produisant ses instruments devenus incontournables pour les collectionneurs. 
Place des Terreaux avec l’hôtel de ville de Lyon vers 1830.
Qui étaient les grands facteurs lyonnais ?
Entre 1800-1870, existe à Lyon, plusieurs centaines d’ouvriers anonymes qui fabriquent des instruments de musique et gravitent dans l’entourage d’une vingtaine de facteurs encore connus, véritables pôles d’excellence. Au niveau des instruments à vent, nous pouvons cerner 3 pôles  (qui sont aussi en interdépendance) :
Un premier sous ensemble autour de J.F. Simiot, dont les principaux facteurs sont : Favre, Tabard, Piatet, Brelet et d’autres plus ou moins connus.
Un second sous ensemble autour de Sautermeister,  Müller, Treumann , Eppel  etc…puis plus tard Cousin.
Un troisiéme sous ensemble autour de Rust, Dubois, Bernard, Couturier, Projean, Kimpflin, puis plus tard Pélisson
Et quelques électrons libres : Jeantet et Jung , mais aussi l’énigmatique Langé et d’autres moins connus.

1) Entourage de JF Simiot : centre de gravité de la facture lyonnaise.
ENTOURAGE DE SIMIOT. Cliquez pour agrandir.
















Flèches noires : liens familiaux, Flèches orange : liens uniquement professionnels (collaboration, succession…). L’entourage de Simiot est français (Piatet suisse francophone).
Michel Favre (a1787-1816)
Luthier et facteur d’instruments, il est  actif entre 1787 et 1816. Facteur de la fin XVIIIéme ses instruments connus sont peu nombreux, de qualité et classiques, marqués d' une fleur de lys royale mais il est aussi marchand d’instruments, rue Saint Pierre sous l’Empire. Favre est intégré dans l’entourage de JF Simiot car celui ci épouse sa fille Marie Julie Favre en 1814 à Lyon. 
Marque d’une clarinette à 5 clés vers 1787-1788.
 Vendue à Vichy en 2015.
Jacques François Simiot (1769-1844).
Né à Dôle en 1769, il apprend le métier de tourneur, puis part faire son tour de France vers 1790. On le retrouve vers 1793 chez Keller et Bühner à Strasbourg où il passe un an, puis à Dijon où il est facteur. Là il fait des clarinettes et une fille illégitime ! Il reconnaîtra sa fille Emilie en 1794 (que nous retrouverons) née d’une relation adultère avec Marie Blanot (1766-1822) . Celle ci est aussi l’épouse Brelet, également mère de Jean François Brelet (né à Dijon en 1799). (d’où les relations étroites à venir avec le jeune JF Brelet ! fils de son ancienne maîtresse ou son fils adultérin reconnu par Brelet ? qu’importe). Il ne se mariera qu’en 1814 avec Mlle Favre (1788-1872) et a un fils légitime André–Reine Simiot né en 1815 compositeur de musique et musicien mais pas facteur. Jean-François Simiot s’installe à Lyon en 1808 (sans doute libéré des obligations militaires ?) ; reconnu comme facteur et innovateur de talent, il va attirer et influencer nombre de facteurs. En effet JF Simiot est reconnu comme un spécialiste de la clarinette à laquelle il apporte de nombreuses innovations  (en 1803 il élabore une clarinette révolutionnaire à 12 clés, en 1808, il publie le «Tableau explicatif des innovations et changements faits à la clarinette», en 1823, il participe à l’exposition nationale, en 1828 il fait une clarinette à 19 clés, reprend le chemisage du trou de douzième de l’anglais Wood, dispose le trou de douzième en face de l’instrument et non au dos, ce qui sera repris par Albert et les clarinettes allemandes, en fait il innove sans cesse également pour le basson et la clarinette alto. Installé rue du Plâtre il fait travailler d’autres facteurs  importants comme  Tabard, Piatet puis Brelet…D’autres sont moins connus comme Jean Févrot ou Jean Fiérot ? témoin à son mariage. JF Simiot décède en 1844. 
Marques relevées sur des
clarinettes de Simiot















Clarinerre Simiot en  Sib
Musée du Palais Lascaris
à Nice.
Jean Baptiste Tabard (1779-1845).
Né en 1779 d’un père fabricant soyeux et issu d’une vieille famille lyonnaise, JB Tabard quitte l’environnement de la soie alors en plein essor (introduction du métier Jacquard, Lyon devenant une capitale mondiale de la soie et des filatures de coton) pour faire son apprentissage de tourneur, facteur d’instruments à vent. (Chez qui ? Michel Favre à Lyon ?). Puis JB. Tabard fait sans doute un passage dans l'armée (conscription obligatoire à partir de 19 ans, guerre pratiquement sans interruption de 1793 à 1815, 2 500 000 hommes mobilisés sous l’empire, service militaire de 5 ans minimum, mobilisation supplémentaire pour remplacer les morts à chaque bataille), hypothèse possible. Comme facteur, il a du  réparer nombre d’instruments de fanfares militaires, peut être même a t-il été musicien ? (le niveau est faible et chaque facteur qui essaie ses instruments en joue suffisamment pour la musique militaire basique). Aussi, a-t-il dû progresser dans son métier et reprendre aisément son activité. En 1809, Jean Baptiste Tabard est ouvrier luthier et habite au 3 rue Saint Jean dans le même immeuble que sa sœur Marie Madeleine épouse Rivet  (Son mari est ouvrier en soie à domicile avec deux métiers à tisser de veloutier dans l'appartement lui permettant de faire du velours de luxe tissé à partir des fils de soie, de laine ou de coton) et qui avaient deux enfants (dont Michel le futur facteur que nous retrouverons). En 1811 J.B. Tabard déménage pour aller s’installer, seul, place Neuve Saint Jean comme tourneur en métaux, mécanicien  c’est à dire clétier et spécialiste des cuivres. Il  employait un ouvrier extérieur. Il épouse en 1812 Emilie Reyne Simiot (1794-1875) la fille mineure (illégitime mais reconnue) née à Dijon de Jean François Simiot et habite jusqu’en 1815 au 13 rue du Plâtre chez Simiot, où ils ont leur premier fils Jacques Charles (1813-1836). Simiot et Tabard collaborent pendant trois ans (1812-1815), (Tabard n’était donc pas fâché avec son beau-père après ce mariage et il ne s’installe pas à son compte en 1812 comme il est souvent écrit), cette période correspondant à la marque "Simiot et Tabard". Mais Simiot est spécialisé dans la clarinette et Tabard est tourneur en métaux, mécanicien donc  plutôt orienté dans la fabrication  des cuivres pour les fanfares militaires.  
Marque Simiot et Tabard. (1812-1815)
Puis J.B Tabard s’installe en 1815 jusqu’en 1826 au 30 Grand rue Mercière, comme facteur d’instruments à vent, puis en 1827 au 31 quai Saint Antoine où il développe son atelier (jusqu’à 10 ouvriers).  Son premier fils Jacques Charles (1813-1836) est ouvrier luthier avec son père mais décède à  22 ans, l’avenir repose alors sur le deuxiéme fils, Jean Baptiste Tabard (III) né en 1826 et qui n’a que dix ans à la mort de son frère. Fin 1845, Jean Baptiste Tabard père décède à 66 ans (juste après Simiot). Il laisse une Maison prospère et reconnue fournissant les armées en instruments de musique à vent, aussi bien bois que cuivres que l’on trouve désormais dans la plupart les musées et collections.  












Jean Baptiste Tabard fils (1826-1870). 
L’atelier Tabard en plein essor en 1845 va alors péricliter rapidement car le fils de 19 ans modeste ouvrier facteur ne peut assurer cette succession ; il vit avec sa mère Emilie (ex-fille Simiot) au 22 rue Vaubécour puis au 27 rue de Saxe.  En 1851, facteur d'instruments, il se marie avec Marie Rose Bernard la fille d’un menuisier. Dans l’article du Larigot écrit par Vincent Pussiau sur la famille Tabard, J.B. Tabard fils est présenté comme le repreneur de l’activité de son père….. d’autres (Hoeprich…) ne mentionne que le père. En fait JB. Tabard fils, apprenti puis ouvrier chez son père continuera à vendre et à finir le stock de l’atelier familial qui fabrique aussi bien des bois que des cuivres à la mort de son père avec la même estampille. Vu nos informations, nous ne pensons pas que l’atelier Tabard continue après la mort du père en 1845, même si le fils a bien exercé le métier de facteur d’instruments, il ne l’a pas fait dans le cadre d’une boutique et d’un atelier à son nom comme son père. En effet en 1846 il habite seulement une pièce et se déclare « ouvrier facteur de musique ». Sa mère Emilie Simiot-Tabard veuve à 52 ans est obligé de reprendre l’activité de couturière et gantière. De plus l’activité de cet atelier s’il avait existé, aurait dû être inscrit dans le Bottin. Le nom de Tabard n’apparait plus, alors que les autres facteurs apparaissent. D’autre part l’analyse technique de la majorité des instruments portant la marque Tabard, cuivres comme bois sont des instruments typiques d’avant 1850, plutôt de type militaire (Buccin, Serpent, Basson Russe, Basson à 10 clés, hautbois à 10 clés, Clavicor, clarinette et flûte ancien système). Jean Baptiste Tabard fils mourra à 44 ans en 1870 en laissant un fils nommé Marie Fréderic qui deviendra bijoutier. 
Clavicor de Tabard père.
Musée de la Musique
Paris
Basson russe de Tabard père.
Musée de la Musique
Paris



























Dans l’entourage de Simiot et des Tabard apparaissent d’autres facteurs qui sont témoins des mariages, naissances : Jean Fiérot ou Jean Févrot ?, facteur et témoin de Simiot et Tabard père, Claude Gentellet facteur et témoin de Tabard fils, Jean Guérin, Alphonse Blodel clétier … Ils devaient collaborer avec ces grands facteurs. Pour continuer la saga familiale, Emilie vivra plus longtemps enterrant son père, son mari, ses fils et son petit-fils. Son neveu Michel Rivet, sera un autre facteur connu à Lyon. Emilie mourra en 1875 et achèvera l’histoire de la famille Tabard.
Marque d'un ophicléide vendu à Vichy (2016).
Clar. Sib à 6 clés.
Datée 1835 de Tabard
33 ° RI
Collection JD Touroude









































Hautbois à 15 clés en argent de Tabard. (Musée de la musique de La Couture)

Michel Rivet (1804- vers 1871) : Il est le neveu de Jean Baptiste Tabard père. Né à Lyon en 1804, formé par son oncle  JB Tabard, il s’installe au n°6 de la rue du Palais Grillet dès 1837. En 1840 il fera travailler deux ouvriers internes et 6 ouvriers journaliers. Il s’installe en 1842 galerie de l’Argue où il exercera le métier de facteur actif entre 1838-1865 avec sa propre estampille (« Rivet A Lyon étoile 5 branches) puis sera revendeur d’instruments de musique à Lyon jusqu’en 1871. Il a été impliqué dans plusieurs procès contre Adolphe Sax.

Marque d'un cornet à pistons de Michel Rivet.
Jean François Brelet (1799-v1870).
Né en 1799 à Dijon, formé par Simiot avec lequel il travaille dans son atelier jusqu’en 1824. Puis il s’installe rue de la Monnaie à Paris comme fabricant de clarinettes où il restera jusqu’en 1826. De retour à Lyon il retravaille avec J.F. Simiot en 1829 et 1830 rue de l’Herberie en 1829 et 1830. reprend l’affaire rue de Côme qui devient la maison « Simiot et Brelet ». Il innove également dans le domaine de la clarinette et exerce jusque vers 1850 avant de s’orienter de plus en plus vers le métier de négociant. Il est décédé vers 1870. 
Marque d'une clarinette
en Ut (Collection JDT)

Marques Simiot Brelet  d 'un bec de clarinette.
 (Musée d’Edimbourg)














Clarinette à 13 clès de Simiot et Brelet
 "innovée par simiot et brelet" (clé pouce droit originale)

(Collection JDT)
Pierre Piatet (v1795-a1869)
Est né à Carouge en Suisse à côté de Genève et arrive à Lyon vers 1820.  Il travaille pour Simiot et deviendra son disciple puis après 1830 pour Brelet. Il s’installe en 1833 seul comme facteur d’instruments à façon au 12 rue de Grenette, avant de s’associer avec Frédéric Benoit né à Saint Claude pour créer la Maison « Piatet et Benoit » toujours à la même adresse. Ils obtiennent en octobre 1836  un brevet de 5 ans pour un « Mécanisme qui supprime et remplace les clefs et les pistons adaptés jusqu’à présent aux instruments en cuivre de toute espèce ». En 1838 ils déclarent une dizaine d’ouvriers. L’association avec Frédéric Benoit s’arrête en 1840. P. Piatet continue avec ses ouvriers à la même adresse jusqu’en 1869. 













Clarinette Alto en Fa
de Piatet et Benoit.
Musée d'Edimbourg.
Jean Baptiste Magdeleine Mangean (t) (1820-p1883) est né le 2 janvier 1820 à Lyon. A son mariage en 1844, il est déjà facteur d'instruments de musique à vent et s'installe au 8 passage de l’Hôtel Dieu. Sa formation est lyonnaise (mais chez qui ?). Il utilise pour la flûte l'érable, bois rarement utilisé pour les instruments à vent, à cette époque sauf pour le basson voire le hautbois). Pendant sa période d'activité lyonnaise de 1844 à 1856, il fabriquait des flûtes "à la pointe du progrès" comme des systèmes Boehm système 1832, des flûtes système Tulou à 12 clés. En 1855 il déménage pour la galerie de l'Argue à coté de Michel Rivet et des Treumann père et fils et participe à l'exposition de Paris. (on voit bien les relations de voisinage et professionnels entre facteurs). Il quitte sa femme vers 1859 et s’installe au 1 place de la Préfecture. En 1860 il obtient un brevet de 15 ans pour « Des perfectionnements apportés aux instruments de musique en bois, en cuivre ou de toutes autres matières ». A partir de 1861 il s’installe au 6 passage Ponceau à Paris. Sa carrière de facteur s’arrête en 1865 car après la mort de sa première épouse, il se remarie en 1866 et change de métier.
Si vous voulez en savoir sur ce facteur : Cliquez sur ce Lien Jean Baptiste Mangean.






















Flûte 12 clès de Mangean à Lyon vers 1855, système très particulier dérivant du systéme perfectionné de Tulou avec des correspondances. (Collection RP)

Joseph Molleron (1816-1894) né en 1816 à Lyon. Après un séjour à Paris où il se marie en 1840, il revient à Lyon comme facteur d’instruments. Veuf, il se remarie et son ami Pierre Piatet est témoin à son mariage ; il aura quatre enfants et est installé au N° 7 rue du Buisson puis au N°23 rue Bonneveaux. De  nouveau veuf en 1850, il se remarie en 1851, s’installe au N° 29 rue Longue et s’associe quelques temps avec Mangean(t) avant que celui-ci quitte Lyon pour Paris. En 1852 il obtient deux brevets de 15 ans pour « un bouchon mécanique servant aux liquides gazeux ». En 1859 il crée la société Molleron qui fabriquera principalement des cuivres. Il vend son entreprise vers 1888 à Jean Marie Respaud et décède à Lyon en 1894. 












Jean Marie Respaud (1836- 1902) est né en 1836 à Saint Quirc en Ariège. Comment est-il arrivé à diriger la Maison Molleron et Respaud ? Nous n’en savons rien. Il était en 1888 encore tailleur d’habits et se déclarait peu après négociant. Il avait 52 ans lorsqu’il reprit la Maison Molleron. Il décède en 1902 à 65 ans à Bron et est déclaré luthier. Sa fille unique Marie Cécile Respaud né en 1883 avait épousé en 1902 Marius Chapuis, employé né à Lyon en 1876 ; c’est lui qui prit la suite et sera marchand de musique jusqu’à sa mort en 1927. 
En-tête d'une facture.
Curieusement l’entourage de Simiot qui fut si important dans la fabrication artisanale d’instruments de musique à vent à Lyon ne va pas évoluer vers  les fabriques industrielles d’instruments de musique comme le feront les deux autres entourages de facteurs lyonnais que nous allons étudier.


dimanche 15 janvier 2017

Hyppolite COLLIN père et fils luthiers et marchands d'instruments de musique à Paris. Hyppolite COLLIN father and son stringed-instrument makers and traders of musical instruments in Paris.

Lorsque nous avons réalisé notre article sur la famille Darche, nous avons évoqué également le luthier parisien Hyppolite Collin, mais tout était confus et nous n'avions pas résolu les problèmes de filiation entre les deux familles. Lors d'une rencontre au musée de la musique nous en avions parlé avec Thierry Maniguet, conservateur au musée qui a eu la gentillesse de nous transmettre le travail qu'il avait réalisé pour illustrer les dossiers du musée concernant ce luthier. Qu'il en soit ici remercié. 

Étiquette d'une guitare.

Claude Hyppolite Collin est né le 13 août 1766 à Suippes, petite commune de la Marne située entre Reims et Chalons en Champagne. Son père était teinturier dans cette ville ; il a été formé à la lutherie comme la plupart des luthiers à Mirecourt dans l'atelier de Charles François Vuillaume (1751-1810) grand père du grand luthier Jean Baptiste Vuillaume (1798-1875). Présent à Paris dès 1791, date à laquelle il épouse Jeanne Françoise Marchal (1772-1801), il est spécialisé dans la fabrication de guitare.
Cliquez sur l'image pour agrandir et voir la généalogie de la famille Collin.
Il a du joué un rôle actif pendant la révolution car en avril 1795 il était "agent comptable de l'atelier d'armes" au 59 rue du Chantre et dénoncé comme terroriste en mai 1795. Défendu par l'agent du comité des poudres et armes, il est arrêté et incarcéré le 24 mai 1795. Il sera libéré un mois plus tard le 28 juin 1795 et "réarmé" le 27 septembre 1795.
D'après "Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l'an II".
Albert Soboul et Raymonde Monnier.
En octobre 1795 le directoire s'installe : la révolution est terminée. Il est temps pour notre luthier révolutionnaire de passer à autre chose. Le 26 mai 1797 né son fils Jean Baptiste Hyppolite Collin (qui s'installera comme luthier et dont la belle fille épousera Jean Nicolas Darche et qui nous a donné quelques soucis dans notre premier article....Il faut suivre), puis ce sera au tour d'Eulalie Nicole Aimée Collin née le 25 juillet 1799. Il y aura une deuxième fille : Jeanne Nicole Collin dont je n'ai pas trouvé la date de naissance mais qui sera présente en 1831 lors de l'inventaire de la demeure de son grand père. Elle restera célibataire......Pour en terminer avec cette première partie de généalogie familiale, sachez que Jeanne Marchal, première épouse de Claude Hyppolite est décédée à 28 ans le 2 avril 1801 à Paris.
Guitare de Claude Hyppolite Collin vers 1820 . (Siccas Guitare)
Claude Hyppolite Collin était installé dès 1799 rue des Fossés Montmartre comme luthier et fabricait principalement des guitares. Comme nous l'explique Daniel Sinier et Françoise Ridder dans leur ouvrage référence sur la guitare les instruments de Claude Hyppolite Collin son d'une facture très soignée et d'une grande qualité.
Étiquette d'une guitare réalisée vers 1795 et modifiée en 1811
de Claude Hyppolite Collin. (Collection Sinier de Ridder)
Guitare de 1811.
Tête de la guitare de 1811.
Guitare attribuée à Collin vers 1790 et ayant appartenue à
Alexandre Pollet (1748-1824) guitariste compositeur.
(Ventes Vichy 12 2016)
Détail de la guitare de Collin vers 1790.
Claude Hyppolite Collin veuf, se remarie à Apremont le 18 novembre 1806 avec Catherine Cléret (1783-1837) ; ils auront ensemble trois enfants : Mathias Eugéne (1808-1888), Caroline Sophie née vers 1806 et Bathilde née en 1812. A partir de 1810 il apparaît sur le Bottin comme "Marchand luthier", c'est sans doute vers cette période qu'il va se diversifier.
En 1822 il se déclare facteur d'instruments à vent, luthier et marchand en tout genre......

A partir de l'inventaire de décès de Claude Hyppolite Collin réalisé le 11 juillet 1831 par maître Charles Godot (Archives nationale de France) nous allons essayer de voir comment il vivait. Tout d'abord il a toujours exercé son métier à la même adresse "N°7 rue des Fossés Montmartre, près la place des Victoires" (aujourd'hui rue d'Aboukir dans le 2ème arrondissement de Paris).
Rue d'Aboukir vers 1900.

Il habitait avec sa seconde femme et les trois enfants de son second mariage un appartement de quatre pièces (plus une pièce au quatrième étage sans doute pour une domestique) à l'entresol derrière la boutique d'instruments de musique: "Cuisine avec fenêtre sur rue, une salle à manger avec fenêtre sur rue, chambre à coucher des parents avec fenêtre sur rue, chambre des "demoiselles" avec fenêtre sur cour, chambre à coucher de "Mr Collin fils" avec fenêtre sur cour. L'inventaire de l'appartement montre qu'ils vivaient aisément. Mais le plus intéressant de cet inventaire est celui réalisé dans le magasin par Jean François Alric (1765-1843), luthier à Paris au N°71 rue de Seine et Antoine François Désiré Paridaens, fabricant d'instruments en cuivre, passage Brady N°45. 
Le magasin était situé au rez de chaussée éclairé sur la rue par une porte en châssis vitrée. Il y avait un grand comptoir avec des tiroirs, une grande banquette couverte de basane verte, une grande glace, deux châssis vitrés, un rayon en bois garni de trente trois tiroirs avec un dessous vitré avec rayonnages, des rayons et un grand poêle de fayence.
Cliquez sur le tableau pour l'agrandir.
Inventaire aprés décés de Claude Hyppolite Collin en 1831.

Ophicléide portant la marque d'Hyppolite Claude Collin.
(Musée Grasset de Varzy)

Cliquez sur la photo pour agrandir cette page sur la suite de l'inventaire.
On pouvait lire dans le Bottin en 1825 : "Hyp. Collin, magasin en tout genre, fournit spécialement la musique militaire et les négociants pour les colonies, N°7 rue des Fossés Montmartre".
Basson russe portant la marque C. H. Collin
sans doute fabriqué par Coeffet à Gisors.
Musée de la musique de Paris.

La plupart des instruments type serpents, bassons russes vendus par Collin ont été fabriqué par Jean Baptiste Coeffet qui habitait à cette époque Chaumont en Vexin et par Forveille, fabricant de serpents au N°16 rue de la cerisaie, puisque dans l'inventaire on peut voir les comptes qui existaient avec tous les fournisseurs de Collin.
Cliquez sur ce lien pour lire notre article sur Jean Baptiste Coeffet.
Et si vous voulez vous documenter sur le serpent :
Pour les cuivres classiques il est plus difficile de dire qui était fournisseur de Collin, peut être Parideans qui était facteur de cuivres, mais plus connu comme revendeur, peut être Courtois.......où alors faisait-il travailler plusieurs ouvriers externes qui assemblaient les différentes parties des instruments (pavillons, tubulures, pistons fabriqués par d'autres fournisseurs) ? Il y avait dans l'inventaire "un livret écrit contenant les comptes courants de toutes les personnes avec lesquelles Mr Collin faisait des affaires et des ouvriers qu'il faisait travailler". 
Bugle à clès de C.H. Collin.(Musée de Bruxelles)

Cornet à deux pistons de C.H. Collin. (Collection R. Charbit)
Cliquez sur le document d'inventaire pour l'agrandir.
Au niveau des cordes C. H. Collin devait travailler avec les ateliers de Mirecourt car on trouve des comptes dans l'inventaire avec : Husson et Duchéne, "Dépôt de leur fabrique à Mirecourt, violons, basses, archets, guitares, serinettes,orgues à manivelle et à toucher, dépôt de cordes de Naples, instruments à vent et en cuivre, N°15 rue Grenetat", Grobert aîné : " magasin de toute sorte d'instruments, dépôt des articles de Mirecourt, N°166 rue Saint Denis",  N.A. Lété, dépôt de sa fabrique de Mirecourt et d'instruments en tout genre, 
N°37 rue Meslay",  mais aussi avec des luthiers de Mirecourt en direct comme Antoine Henry, mais aussi avec des luthiers parisiens comme Aldric. Il proposait également des orgues sans doute venant de Mirecourt (Lété ou Husson Duchêne), mais aussi de la Maison Alexandre.
1830 dans le Bottin "Collin, magasin en tout genre, composition complète de musique militaire, facteurs d'instruments à vent, flageolet à nouveau procédé, harpes, orgues pour faire danser ". 
Flageolet d’Hippolyte Collin  « à nouveau procédé ». Dayton Miller Collection
Cliquez sur le document pour agrandir.
Clarinette à six clés rondes portant la marque de Collin.
Collection de William Rousselet
Les instruments à vent en bois provenaient de La Couture Boussey et plus particulièrement des ateliers de Godfroy Aîné, Hérouard, Noë Frères, Thibouville, Leroux avant leurs installations à Mirecourt....Buffet Aîné, Buffet Jeune à La Couture. (Tous ces facteurs sont cités comme fournisseurs dans l'inventaire).

Pour mieux connaître la famille Leroux de La Couture et de Mirecourt, cliquez sur ce lien.

Et si vous voulez tout savoir sur la famille Buffet, cliquez sur celui-ci.
Cliquez sur le document pour l'agrandir.
Claude Hyppolite Collin décède le 18 juin 1831 à l'âge de 64 ans. Lors de l'inventaire après décès qui à lieu le 11 juillet 1831, ses six enfants sont là.
Claude Hyppolite Collin, clarinette d'amour en sol à 6 clefs vers 1810
(Us-Ma-Newton Center)

Son fils Jean Baptiste Hyppolite Collin (1797-1879) né de son premier mariage s'était installé comme luthier et marchand d'instruments vers 1827 au N°9 rue de Clery où il exerça indépendamment de son père jusqu'en 1838 ; il avait sans doute profité de la somme de 1000 frs que son père lui avait remis en 1826 pour son renoncement au droit successif de sa mère Françoise Marchal.
Marque de Jean Baptiste Hyppolite Collin le fils.
Jean Baptiste Hyppolite Collin avait épousé en 1826 une veuve Joséphine Marthe Lefort (1799-p1879) épouse de Mayeul Kaindler décédé en 1825. C'est ici que nous avons résolu le "mystère" de la succession de la Maison Collin reprise par Jean Nicolas Darche (1806-1885). En effet on peut lire dans le Bottin en 1838 : "Darche gendre et successeur de Collin, fabricant en tout genre, dépôts de violons, orgues et guitares de Mirecourt, fournisseur des théâtres et concerts, N°7 rue des Fossés Montmartre".
En fait Jean Nicolas Darche à bien épousé la fille d'Hyppolite Collin....Mais pas la fille de Claude Hyppolite (le père) mais la fille de Jean Baptiste Hyppolite Collin (le fils)....Mais en fait Alexandrine Elisa Kaindler (1819-1836) n'étais que la belle fille de J.B. H Collin puisque née du premier mariage de Marthe Lefort. Cette malheureuse décéda à 17 ans (1836 l'année de son mariage) lors de l'accouchement de leur premier enfant qui décéda également. Donc Darche est bien le gendre de Collin (le fils).
Après le décès de Claude Hyppolite Collin (le père) en 1831, la Maison Collin fut reprise par sa veuve Catherine Cleret qui continua d'exploiter ce commerce jusqu'à sa mort en 1837, date à laquelle Nicolas Darche racheta l'affaire et en même temps repris l'activité de son beau père (Collin fils) de la rue de Clery. Darche est bien le successeur d'Hyppolite Collin (le père)......Ouf c'est fini, c'est compliqué les histoires de famille.